Science et vie... / Jules-Henri Poincaré, La Science et l'hypothèse

Publié le par Martin Seller


Science et vie, une dissymétrie difficilement conciliable: La science que l'on nomme sans doute mal à propos "connaissance" butte et rechigne à s'appliquer à la vie comme l'on appliquerait une recette de cuisine. Si l'on tient à garder le terme de connaissance pour une science qui serait "vitale", alors il nous faut abandonner en le reformulant le caractère technique de notre savoir. En effet, la technique scientifique c'est connaître les opérations qui permettent de résoudre un problème adéquatement posé. La science vitale ne saurait reconnaître toutes les conditions d'un problème. Cette science, si elle est possible, repose essentiellement sur la capacité à réduire par un langage les problèmes que nous pose le langage. La vie est problématique par ce qu'elle renvoie à des actions qui requièrent une technique qui ne peut s'expliquer par le langage (nous écartons ici la morale, la maxime ou le conseil qui ne sont que l'expression généralisée de la résolution d'un problème vital, impuissants par eux-mêmes à fournir au problème singulier une technique de résolution adéquate). En termes vitaux, poser adéquatement un problème c'est reconnaître que l'action manquante renvoie à un problème corrélé, toujours urgent mais laissé en suspens. Cette suspension est opérée par la formulation du problème initial. Réduire le problème initial au problème urgent c'est d'abord respecter ce dernier comme étant un problème singulier, propre. Le dénigrer c'est le renvoyer à la vie tout entière, à l’universalité. L'expression d'un problème nécessite le masque du langage par lequel il nous met en scène - et maintenant? Maintenant vient le moment où il faut savoir jouer. En quoi consiste la connaissance du jeu? Jouer c'est se laisser démasquer - donner à l'autre l'occasion de répéter l'étonnement du « tombé de masque ». Autrement dit, la science vitale c'est trouver les moyens de se laisser démasquer encore et encore - car derrière chaque masque un autre masque. L'action correspondante se nomme "exprimer". La passion correspondante peut se nommer "partager", mais encore mieux "fendre". L'urgence est alors reconnue comme la tension d'un dédoublement - la résolution comme la répétition respectée de la passion de son "autre".


Un lien sans lien évident avec les problèmes abordés ci-dessus (bien que...)

Jules-Henri Poincaré, La science et l'hypothèse

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