Trois mois plus tard, même terrasse, étage supérieur, comme pour prendre du recul, le chant du muezzin me donne le point de départ d'un dernier paragraphe:
Je témoigne qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que Mohamed est son (dernier) prophète. J'ai su concilier jusqu'à présent ce point de départ et mes pérégrinations intellectuelles, cette phrase et mon faire, cette femme et cet homme.
Qu'est-ce qu'au fond une croyance ? La raison d'un pari ? La cause d'actions observables? Ou bien, est-ce quelque chose de foncièrement hétérogène à la raison et à l'action ?
Un Dieu à défaut d'une ribanbelle de divinités ? Le dernier Prophète à défaut d'une foule de prosélytes ? Que signifie ?
En l'état de mes préoccupations, en l'état de mon champ de vision, rien ne m'est plus étranger que la lame qui tranchera ces questions...
Dans quelles conditions une croyance se révèle-t-elle cruciale ? "Je crois en moi", dit-on. Est-ce là quelque chose d'observable ou est-ce quelque chose qui s'éprouve, qui se révèle à soi-même comme condition et pierre de touche de la réussite et de l'échec ?
Certes une croyance est le corrélat d'une certaine représentation du monde, d'un engagement ontologique, mais ce n'est pas ça que l'on se dit lorsque l'on pense :"Je crois en moi"; non, on veut simplement se soustraire à un certain type de déterminisme, on veut par là se rendre l'auteur irremplaçable de possibles, on met le monde face à soi et "à nous deux !".
A vrai dire, n'importe quelle croyance fait l'affaire si elle rend possible la liberté. Des problèmes apparaissent quand on lui demande de se concilier avec la multitude des autres croyances, quand on lui demande de rendre des comptes...
Alors quoi ? A quoi crois-je ?
Je crois que cette terrasse rend l'écriture possible. Heureusement c'est idiot et personne ne cherchera à me contredire. De la même façon je crois possible de concilier multitude et unicité tant que mes actions ne me réfutent pas. A la différence des sciences, la croyance ne prend pas la cohérence comme point de départ, mais comme un éventuel point d'arrivée.
Jamma el Fna, tu me dis de m'arrêter, mais personne ne t’entend, car chacun entends ce que Bon lui semble.
M.S.
Des liens en rapport avec les questions évoquées ci-dessus.
| Willard van Orman Quine, Two dogmas of empiricism |
| Joseph Vidal Rosset, Un commentaire de "on what there is" |
| Philippe de Rouilhan, L'ontologie du pluriel |
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