Souvent on réfléchit de telle manière, que l'on a l'impression que la liberté et le déterminisme s'opposent et se repoussent l'un et l'autre sur le même plan, comme deux forces qui se contrediraient « naturellement ».
Exemple : Lorsqu'il s'agit de se formuler une opinion sur « la crise des banlieues », certains argumentent en disant que le contexte et l'acquis expliquent les actes commis.
« Naturellement », les autres rétorquent en insistant sur la liberté totale de celui qui commet tel ou tel acte (décrit comme injustifiable) et sur la logique des peines qu'il entraîne.
En tous les cas, le débat politique s'articule aussi autour ces deux extrêmes - liberté totale et déterminisme total - comme s'il s'agissait là de deux vérités qui se contredisent.
Or comment pourrait-il y avoir deux vérités ?
Deux opinions oui, mais pas deux vérités...
Lorsqu'on joue à pile ou face, on est libre de lancer sa pièce comme on le veut (dans certaines limites), qu'on soit d'ici où d'ailleurs...
Pourtant « malgré » cette liberté, on sait que ce même individu jetant sa pièce une centaine de fois, la verra tomber environ le même nombre de fois sur un côté que sur l'autre...
Les proportions changent si le jeu change... Le jeu de la vie est bien plus complexe... Le contexte et l'acquis y ont leur grande part, en tous les cas sous un certain angle, celui des statistiques.
Les deux discours sont sur des plans différents. Il sont ce que l'on pourrait appeler des opinions vraies, mais non connues dans leurs causes.
Ce qui est terrible, c'est qu'elles passent pour des valeurs, valeurs qui influent sur des répartitions de richesses matérielles comme spirituelles., alors qu'elle ne sont que des évidences distinctes.
Qu'est-ce donc que la politique en ce sens ?
Ce n'est pas un art, c'est quelque chose comme la cuisine, disait Platon : ça flatte sans être forcément bon pour le corps. Ici c'est l'ignorance ou peut-être l'inconscience qui sont flattées. Comment les flatter ? En faisant passer des opinions pour des valeurs alors qu'elles ne sont que des ignorances, aussi vrai soit l'objet de l'opinion.
« Justifier » et « expliquer » ne sont pas de bons synonymes. Pourtant dans les débats politiques, on passe de l'un à l'autre comme s'il s'agissait de la même chose. Comment ne s'en aperçoit-on pas ?
Parce qu'avoir des opinions n'est pas la même chose que de penser : la pensée examine parfois des contradictions afin de trouver lesquelles sont apparentes et lesquelles sont réelles.
La contradiction « liberté-déterminisme " n'est qu'apparente, autrement dit, il faut accepter que ces deux pôles soient également vrais en ce sens qu'il décrivent une même réalité en se focalisant sur des propriétés différentes des mêmes objets.
Si ma liberté est déterminée statistiquement, je n'en veux pas moins avoir choisi ce que j'ai choisi ; à quoi me servirait une liberté qui ne me fait pas choisir ce que je veux ?
M.S.
Un lien sans lien évident avec les problèmes évoqués ci-dessus
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