Dimanche 31 juillet 2005

Notes:

Touriste, suis-je encore un touriste?

Une terrasse dont le sol pourtant surélevé continue le motif de la place - je me mets à l'écart pour observer et écrire. Une enfant de cinq ans vient et me tend la main, mais je la lui refuse avant de décider en quelque sorte l'impliquer dans mon récit et céder à la maigre ouverture qu'elle me propose. Un Dhiram qui dans la paume de sa mère ou de sa tante deviendra demain vitamine pour son corps ou après demain "pudeur" pour son visage.

Suis-je encore touriste ou le resterais-je à tout jamais?

Qu'ai-je de commun avec ces "Peaux-Rouges", ces débardeurs en décolleté, ces Nikon de pacotille? Des cornes de gazelle me poussent sous le front; je souhaiterai pouvoir embrocher cette langue comme on transperce la mauvaise foi du regard. Mais mes yeux sont trop plein de cette rigueur morale, de cette sincérité déplacée qui oublie jusqu'à son propre jeu d'amour.

Le soleil se couche et j'attend avec impatience la prière du Maghreb, l'appel tonitruant du muezzin et le flot continu de ces hommes (et femmes) qui savent pour un moment maîtriser le sens de leurs efforts.

Je décroche maintenant mes lunettes, car ma lumière doit accepter la leur, non pas que certains d'entre eux ne s'efforcent de paraître plutôt que d'être, mais parce que moi je me sais les utiliser pour de moins bonnes raisons.

---

Deux jours plus tard, me revoilà coincé sur cette même terrasse, même chaise, mais cette fois-ci côtoyé par l'accent anglais d'un couple dont le dialogue semble encré dans la plus pure tradition superficielle. M'y reconnais-je? Clairement non. Ce qui me paraît essentiel néanmoins, c'est que je me situe par eux comme étant la limite de la sphère qu'ils incarnent; leur périphérie, leur banlieue. Voilà, je suis une sorte de zone tampon, une essence pour laquelle ce pays n'a pas encore prévu de place.

Cette tension marque mon front et il me faut maintenant souffler, n'être qu'un instant un pur pneuma et ouvrir mes pores aux courants d'air et de sons de cette place du néant.

M.S.

 


 Un lien sans lien évident avec les questions évoquées ci-dessus

Ibn Arabî, Le dévoilement des effets du voyage

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Par Martin Seller - Publié dans : Textes
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